Allocation canadienne pour enfants: une politique «sexiste», mais nécessaire

Source: Article complet – Huffpost – Émilie Clavel.

Le fait d’assumer que les femmes sont les principales responsables des soins de l’enfant peut même « sauver des vies »!

Un article paru dans le Huffpost ce 6 janvier 2021 dénonce l’Allocation canadienne pour enfant (ACE) qui semble être une politique sexiste. Par défaut, la politique sous-entend que ce sont « les femmes les principales responsables des soins et de l’éducation des enfants. Mais que cela peut sauver des vies! »

«Lorsqu’un parent féminin et un parent masculin habitent au même domicile que l’enfant, le parent féminin est habituellement considéré être le principal responsable des soins et de l’éducation de l’enfant», peut-on lire sur le site web de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Dans les couples hétérosexuels, c’est donc la mère qui doit présenter la demande d’ACE, sans égard à la façon dont les tâches sont divisées au sein de leur famille. »

— Sarah Bull, professeure adjointe à l’université Ryerson en Ontario

Sarah Bull, professeur adjointe à l’université Ryerson en Ontario a fait cette découverte en venant s’installer au Canada avec son mari et son jeune fils. Contrairement aux rôles traditionnelles, madame Bull travaille à temps plein et c’est son conjoint qui s’occupe de l’enfant à la maison. Cependant, le gouvernement du Canada a répondu  » qu’en tant que femme dans un couple hétéro, elle était responsable de la paperasse liée à leur enfant et en tant que partenaire masculin, le conjoint ne peut présenter une demande en ligne » pour l’Allocation. Et cela, malgré le fait que toutes les déclarations de revenus soient fait conjointement.

Mme Bulle a communiqué à plusieurs reprise avec l’ARC pour comprendre les raisons de versements interrompus inexpliqués. Mais comme le conjoint n’est pas autorisé à faire les vérifications au dossier, c’est à elle que revient la tâche de chercher les explications.

«C’était très frustrant de devoir gérer tout ça, alors que dans notre famille, c’est principalement mon mari qui s’occupe de ces tâches»

Sarah Bull

Il est possible de permettre au conjoint de gérer le dossier liés à l’ACE. Cependant, la méthode n’est pas simple. Madame Bull aurait du écrire une lettre qui atteste que son époux est le principal responsable des soins de l’enfant. Hors de question d’envoyer le document par courriel ! La lettre doit être postée !

Selon Katherine Scott, chercheuse senior au Centre canadien de politiques alternatives (groupe de réflexion progressiste qui s’intéresse à la question de la justice sociale) précise que le but précis de cette motivation est tout autre sauf sexiste.

Cet argent est une source de revenus dont de nombreuses femmes ont désespérément besoin. Ça remonte aux premières allocations familiales, créées tout juste après la Deuxième Guerre mondiale, cette époque, la pauvreté infantile battait des records, alors que beaucoup de pères de famille avaient perdu la vie sur les champs de bataille, laissant leur famille sans source de revenu.

Katherine Scott, chercheuse senior au Centre canadien de politiques alternatives

« La seule source indépendante de revenus pour de nombreuses femmes mariées. Elle devenait une avancée importante pour les droits et l’autonomie financière des femmes. » Aujourd’hui, par contre, beaucoup de familles ne correspondent plus avec le stéréotype selon laquelle la mère est uniquement en charge des enfants. Mais la politique continue de respecter ce règlement puisqu’elle permet à des femmes en situation d’abus d’avoir accès à des fonds sur lesquels le conjoint n’a pas d’emprise.

«Des employées de refuges pour femmes me disent que c’est le seul argent que ces femmes ont à leur nom. Ça sauve des vies»

Katherine Scott

Actuellement, avec la pandémie, ce sont « les femmes avec des jeunes enfants qui ont connu l’un des plus grands retraits de la population active ». Ce sont elles qui ont quitté leur emploi et réduit leurs heures de travail pour s’occuper des enfants quand les écoles et les garderies ferment.

Une charge mentale qui pèse

Même si les raisons sont justifiées pour une telle politique au gouvernement fédéral, Mme Bull estime « que le langage utilisé sur le site de l’ARC contribue à véhiculer des stéréotypes genrés nocifs. »

«Ce langage est très puissant, estime celle qui est d’ailleurs titulaire d’un doctorat en langue anglaise. Ça suggère que les femmes sont toujours les principales responsables des soins des enfants et, surtout, qu’elles devraient toujours l’être.»

— Sarah Bull

Une politique, selon elle, qui participe à l’alourdissement de la charge mentale des femmes.

«Les femmes qui sont sur le marché de l’emploi doivent déjà composer avec la présomption qu’elles sont le parent principal de manière informelle, dit-elle. Les garderies, par exemple, vont souvent appeler la mère en premier, même si ce n’est pas le premier nom de la liste de contacts d’urgence.»

Sarah Bull

Katherine Scott rappelle que ce sont encore les femmes qui s’acquittent de manière disproportionnée des tâches reliées aux soins de l’enfant.

  • Les femmes consacrent 3,9 heures par jour aux tâches non rémunérées
  • 1 heure 1/2 de plus que les hommes
  • l’Assemblée nationale du Québec a reconnu par une motion l’importance du travail invisible des femmes

«[L’ACE] ne fait donc que reconnaître cette réalité, estime Katherine Scott. Mais c’est vrai qu’elle renforce aussi la perception [que les soins des enfants sont une responsabilité féminine].»

— Katherine Scott

Toujours selon la chercheuse Katherine Scott, « le gouvernement de Justin Trudeau devra se pencher sérieusement sur les besoins économiques particuliers des femmes. Nous sommes toutes traitées comme si nous étions des travailleuses autonomes qui n’avons pas ces responsabilités domestiques et de soins. Mais la réalité continue évidemment d’être que les femmes s’acquittent de ces responsabilités de manière disproportionnées. »

Pour lire l’article dans son intégralité, c’est par ici.

Publié par Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec (TCMFCQ)

La TCMFCQ est un regroupement féministe voué à la défense collective des droits. Reconnue comme l'instance régionale en matière de condition féminine, elle agit dans plusieurs domaines qui touchent aux conditions de vie des femmes. Les valeurs défendues par la TCMFCQ sont l'égalité, l'équité, la solidarité et la justice sociale. NOTRE MISSION La Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec (TCMFCQ) a pour mission première de travailler à l'amélioration des conditions de vie des femmes en étant un lieu de réflexion et d'action tourné vers le changement. HISTORIQUE La Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec est née officiellement en mai 1998, de la volonté commune des groupes de femmes du Centre-du-Québec. Les groupes ont alors réaffirmé l'importance d'un tel regroupement pour défendre les droits et intérêts des Centricoises. En octobre 1998, la TCMFCQ débutait officiellement ses activités.

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